Miséricorde divine et bonne orientation
رَبَّنَا آتِنَا مِنْ لَدُنْكَ رَحْمَةً، وَهَيِّئْ لَنَا مِنْ أَمْرِنَا رَشَدًا.
رَبَّنَا آتِنَا مِنْ لَدُنْكَ رَحْمَةً وَهَيِّئْ لَنَا مِنْ أَمْرِنَا رَشَدًا
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Lorsque, s’étant réfugiés dans une caverne[3], ces jeunes gens implorèrent : « Veuille, Seigneur, par un effet de Ta miséricorde, nous assister dans notre entreprise et nous ménager une issue favorable. »
Formes verbales : « ātinā » (آتِنَا — accorde-nous) et « hayyiʾ » (هَيِّئْ — prépare-nous, facilite-nous). Il s’agit de l’invocation des jeunes croyants qui s’enfuirent devant un tyran idolâtre afin de préserver leur foi.
Tafsir du cheikh Abdurrahman as-Sa‘di
Puis Il mentionna leur récit de manière succincte, avant de le détailler ensuite : « Lorsque les jeunes gens se réfugièrent » — c’est-à-dire les jeunes hommes — « dans la caverne », cherchant ainsi à se mettre à l’abri et à se préserver de la tentation que leur peuple leur faisait subir. « Ils dirent : Notre Seigneur, accorde-nous, de Ta part, une miséricorde » : c’est-à-dire une miséricorde par laquelle Tu nous affermiras, nous préserveras du mal et nous guideras vers le bien.
« Et prépare-nous, dans notre affaire, une bonne direction » : facilite-nous tout moyen qui mène à la bonne voie et améliore notre situation dans notre religion et dans notre vie ici-bas. Ils réunirent ainsi l’effort — en fuyant la tentation vers un lieu où ils pouvaient se cacher — et l’humilité dans leur supplication à Allah, Lui demandant de faciliter leurs affaires, sans compter sur eux-mêmes ni sur les créatures. C’est pourquoi Allah exauça leur invocation.
Tafsir de l’imam Ibn Kathir
À propos de Sa parole : « Lorsque les jeunes gens se réfugièrent dans la caverne et dirent : “Notre Seigneur, accorde-nous, de Ta part, une miséricorde et prépare-nous, dans notre affaire, une bonne direction” », Allah le Très-Haut informe au sujet de ces jeunes gens qui s’enfuirent avec leur religion, loin de leur peuple, de peur que celui-ci ne les détourne de leur foi. Ils le quittèrent donc et se réfugièrent dans une grotte, sur une montagne, afin de se cacher de leur peuple.
Lorsqu’ils y entrèrent, ils demandèrent à Allah le Très-Haut Sa miséricorde et Sa bienveillance envers eux : « Notre Seigneur, accorde-nous, de Ta part, une miséricorde », c’est-à-dire : accorde-nous de Ta part une miséricorde par laquelle Tu nous feras miséricorde et nous dissimuleras aux yeux de notre peuple. « Et prépare-nous, dans notre affaire, une bonne direction », c’est-à-dire : décrète pour nous une bonne issue dans cette affaire ; fais que son dénouement soit heureux. Ainsi qu’il est rapporté dans le hadith : « Quel que soit le décret que Tu prononces à notre sujet, fais que son dénouement soit heureux.
» Dans le Musnad, selon un hadith rapporté par Busr ibn Abī Arṭāʾ, le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — invoquait ainsi : « Ô Allah, accorde une bonne issue à toutes nos affaires et préserve-nous de l’humiliation de ce monde et du châtiment de l’au-delà. »
Tafsir d’al-Baghawi
Puis Allah mentionna l’histoire des gens de la caverne : « Lorsque les jeunes gens se réfugièrent dans la caverne », c’est-à-dire qu’ils s’y rendirent. Les avis divergent quant à la raison pour laquelle ils se réfugièrent dans la caverne. Muḥammad ibn Isḥāq ibn Yasār a dit : « Les gens de l’Évangile s’étaient égarés, les péchés s’étaient multipliés parmi eux et leurs rois étaient devenus tyranniques, au point qu’ils adorèrent les idoles et offrirent des sacrifices aux faux dieux. Il demeurait toutefois parmi eux des gens attachés à la religion du Messie, qui persistaient à adorer Allah et à proclamer Son unicité.
Parmi les rois qui agirent ainsi se trouvait un roi romain nommé “Daqyānūs” : il adorait les idoles, offrait des sacrifices aux faux dieux et tuait ceux qui s’opposaient à lui. Il se rendait dans les villages romains et, dans chaque village où il séjournait, il ne laissait personne sans le soumettre à la tentation : il devait adorer les idoles et offrir des sacrifices aux faux dieux, ou être tué. Il finit par arriver à la ville des gens de la caverne, Éphèse. Sa venue fut pénible aux croyants, qui se cachèrent de lui et s’enfuirent dans toutes les directions.
À son arrivée, Daqyānūs ordonna que les croyants soient recherchés et rassemblés devant lui. Il recruta parmi les habitants de la ville des gardes, tous mécréants, chargés de traquer les croyants dans leurs cachettes et de les amener à lui. Il leur donnait alors le choix entre la mort et l’adoration des idoles accompagnée de sacrifices aux faux dieux. Certains préféraient la vie ; d’autres refusaient d’adorer qui que ce soit en dehors d’Allah et étaient tués.
Voyant cela, les croyants les plus fermes dans leur foi en Allah se livrèrent au supplice et à la mort : on les tuait et on leur coupait des membres. Puis on attachait les parties coupées de leurs corps aux remparts de la ville, tout autour, ainsi qu’à chacune de ses portes. La persécution devint alors terrible. Lorsque les jeunes gens virent cela, ils furent profondément affligés.
Ils se levèrent et s’adonnèrent à la prière, au jeûne, à l’aumône, à la glorification d’Allah et à l’invocation. Ils appartenaient à l’élite des Romains et étaient au nombre de huit. Ils pleurèrent, supplièrent Allah et répétèrent : “Notre Seigneur est le Seigneur des cieux et de la terre. Jamais nous n’invoquerons de divinité en dehors de Lui, car nous prononcerions alors une parole extravagante en adorant un autre que Lui.
Écarte cette épreuve de Tes serviteurs croyants et éloigne d’eux ce malheur, afin qu’ils puissent proclamer Ton adoration.” Tandis qu’ils étaient ainsi, entrés dans un lieu où ils priaient, les gardes les surprirent et les trouvèrent prosternés, le visage contre terre, pleurant et implorant Allah. Ils leur dirent : “Qu’est-ce qui vous a empêchés d’obéir à l’ordre du roi ? Allez auprès de lui.”
Puis ils partirent et dénoncèrent les jeunes gens à Daqyānūs : “Tu rassembles les gens pour qu’ils sacrifient à tes divinités, et ces jeunes gens de ta maison se moquent de toi et désobéissent à ton ordre !” En l’apprenant, le roi les fit venir. Ils furent amenés, les yeux baignés de larmes et le visage couvert de poussière. Il leur dit : “Qu’est-ce qui vous a empêchés d’assister aux sacrifices offerts à nos dieux, adorés sur terre, et de suivre l’exemple des notables de votre ville ?
Choisissez : soit vous sacrifiez à nos dieux, soit je vous tue.” Miksalminā, l’aîné d’entre eux, répondit : “Nous avons un Dieu dont la grandeur remplit les cieux et la terre. Jamais nous n’invoquerons une divinité en dehors de Lui. Louange, grandeur et glorification Lui reviennent ; nous Lui consacrons notre cœur sans partage.
C’est Lui que nous adorons et c’est à Lui que nous demandons le salut et le bien. Quant aux faux dieux, jamais nous ne les adorerons. Fais de nous ce que tu voudras.” Les compagnons de Miksalminā dirent à Daqyānūs la même chose.
Lorsqu’ils eurent parlé, il ordonna qu’on leur enlève les vêtements d’apparat qu’ils portaient, puis déclara : “Je m’occuperai de vous et vous infligerai le châtiment que je vous ai promis. Si je ne vous l’inflige pas immédiatement, c’est seulement parce que je vois que vous êtes de jeunes gens encore dans la fleur de l’âge. Je ne veux pas vous détruire avant de vous avoir accordé un délai durant lequel vous pourrez réfléchir et revenir à la raison.” Il ordonna également qu’on leur enlève leurs ornements d’or et d’argent, puis qu’on les fasse sortir de sa présence.
Daqyānūs partit ensuite dans une ville proche de la leur pour régler certaines affaires. Dès que les jeunes gens apprirent son départ, ils se hâtèrent, craignant qu’à son retour dans leur ville il ne se souvienne d’eux. Ils décidèrent ensemble que chacun prendrait de l’argent dans la maison de son père, en distribuerait une partie en aumône et garderait le reste pour leur voyage. Ils se rendraient ensuite dans une caverne proche de la ville, sur une montagne appelée Banjalūs, où ils resteraient pour adorer Allah.
Au retour de Daqyānūs, ils se présenteraient devant lui et le laisseraient faire ce qu’il voudrait d’eux. Après s’être mis d’accord, chacun prit de l’argent dans la maison de son père, en donna une partie en aumône, puis ils partirent avec ce qui leur restait. Un chien qui leur appartenait les suivit jusqu’à la caverne, où ils demeurèrent. Kaʿb al-Aḥbār a dit : “Ils croisèrent un chien qui se mit à les suivre.
Ils le chassèrent, mais il recommença plusieurs fois. Le chien leur dit alors : ‘Ô gens, que me voulez-vous ? Ne craignez rien de ma présence. J’aime les bien-aimés d’Allah. Dormez, je vous garderai.’” Ibn ʿAbbās a dit : “Ils s’enfuirent de nuit devant Daqyānūs.
Ils étaient sept. Ils rencontrèrent un berger qui avait un chien. Le berger partageait leur religion et les suivit, accompagné de son chien. Ils quittèrent la ville et gagnèrent la caverne, qui se trouvait à proximité.” Ibn Isḥāq a dit : “Ils y demeurèrent, n’ayant d’autre occupation que la prière, le jeûne, la glorification d’Allah, la proclamation de Sa grandeur et la louange, recherchant le visage d’Allah.
Ils confièrent leur argent à l’un d’entre eux, nommé Tamlikhā, qui achetait secrètement leurs provisions dans la ville. C’était le plus fort et le plus robuste d’entre eux. Lorsqu’il entrait dans la ville, il ôtait ses beaux vêtements et prenait ceux des pauvres qui demandent l’aumône. Puis, prenant leur monnaie, il se rendait en ville pour acheter nourriture et boisson, tout en se renseignant discrètement pour savoir si lui et ses compagnons avaient été mentionnés.
Ensuite, il retournait auprès d’eux. Ils vécurent ainsi quelque temps. Daqyānūs revint alors dans la ville et ordonna aux notables de sacrifier aux faux dieux. Les croyants furent terrifiés. Tamlikhā, qui se trouvait en ville pour acheter les provisions de ses compagnons, revint auprès d’eux en pleurant, avec très peu de nourriture.
Il leur apprit que le tyran était entré dans la ville et qu’on avait parlé d’eux ; les notables de la ville les avaient recherchés. Ils furent effrayés, se prosternèrent et invoquèrent Allah avec ferveur, cherchant refuge auprès de Lui contre l’épreuve. Tamlikhā leur dit ensuite : ‘Mes frères, relevez la tête, mangez et placez votre confiance en votre Seigneur.’ Ils relevèrent la tête, les yeux débordant de larmes, et mangèrent.
Le soleil se couchait. Puis ils s’assirent pour parler, étudier ensemble et se rappeler mutuellement les choses. Pendant qu’ils étaient ainsi, Allah fit tomber le sommeil sur eux dans la caverne. Leur chien, qui se tenait à l’entrée, les pattes avant étendues, fut lui aussi atteint par ce qui les frappa.
Ils étaient croyants et convaincus, et leurs provisions étaient près de leurs têtes. Le lendemain, Daqyānūs constata leur absence et les fit rechercher, sans les trouver. Il dit à certains de ses hommes : ‘Le départ de ces jeunes gens me peine. Ils ont dû croire, par ignorance de mes intentions, que j’étais en colère contre eux.
Je ne leur aurais rien fait s’ils s’étaient repentis et avaient adoré mes dieux.’ Les notables de la ville lui répondirent : ‘Tu n’as aucune raison d’épargner des gens pervers, rebelles et désobéissants. Tu leur avais accordé un délai ; s’ils l’avaient voulu, ils seraient revenus sur leur décision pendant ce délai, mais ils ne se sont pas repentis.’ Le roi se mit alors dans une grande colère et fit venir leurs pères.
Il les interrogea à leur sujet : ‘Dites-moi où sont vos fils rebelles qui m’ont désobéi !’ Ils lui répondirent : ‘Nous ne t’avons pas désobéi. Pourquoi nous tuer à cause de jeunes rebelles qui ont pris notre argent, l’ont dépensé dans les marchés de la ville, puis sont partis et ont gravi une montagne nommée Banjalūs ?’ Lorsqu’il entendit cela, il les laissa partir.
Ne sachant que faire des jeunes gens, Allah lui inspira de faire murer l’entrée de la caverne. Allah voulait les honorer, en faire un signe pour une communauté qui viendrait après eux, leur montrer que l’Heure viendra sans aucun doute et qu’Allah ressuscitera ceux qui sont dans les tombes. Daqyānūs ordonna donc que la caverne soit murée et dit : ‘Laissez-les tels qu’ils sont dans la caverne ; ils y mourront de faim et de soif, et la caverne qu’ils ont choisie deviendra leur tombe.’
Il croyait qu’ils étaient éveillés et conscients de ce qu’on leur faisait, alors qu’Allah avait rappelé leurs âmes à Lui dans un sommeil semblable à la mort. Leur chien se tenait à l’entrée, les pattes avant étendues, et ils étaient plongés dans l’état qui les avait enveloppés, se retournant tantôt sur le côté droit, tantôt sur le côté gauche. Deux hommes croyants, membres de la maison du roi Daqyānūs, cachaient leur foi. L’un s’appelait Yandarus et l’autre Rūnās.
Ils décidèrent de consigner sur une plaque de plomb le récit des jeunes gens, leurs généalogies, leurs noms et leur histoire, puis de placer cette plaque dans un coffret de cuivre qu’ils déposeraient dans l’édifice. Ils se dirent : ‘Peut-être Allah fera-t-Il apparaître ces jeunes gens à des croyants avant le Jour de la Résurrection, qui sauront ainsi qui ils étaient en lisant ce document.’ Ils firent cela et bâtirent par-dessus. Daqyānūs demeura au pouvoir aussi longtemps qu’il le put, puis mourut, lui et son peuple.
De nombreuses générations passèrent après eux, et les rois se succédèrent. ʿUbayd ibn ʿUmayr a dit : “Les gens de la caverne étaient des jeunes gens portant des colliers, des bracelets et de longues mèches de cheveux. Ils avaient avec eux leur chien de chasse. Ils partirent pour une grande fête, vêtus de leurs plus beaux habits et accompagnés d’un cortège imposant.
Ils emportaient les idoles qu’ils adoraient. Allah avait fait pénétrer la foi dans le cœur des jeunes gens. L’un d’eux était ministre du roi. Ils crurent en Allah, tout en cachant chacun sa foi. Ils se dirent intérieurement : ‘Quittons ces gens, afin que leur crime ne nous attire pas le châtiment.’
Un jeune homme sortit et s’assit à l’ombre d’un arbre. Un autre sortit, le vit assis seul et espéra qu’il partageait sa conviction, sans toutefois la révéler. Puis un autre sortit et ils se retrouvèrent en un même lieu. L’un d’eux demanda : ‘Qu’est-ce qui vous a réunis ?’
Chacun cachait sa foi aux autres, par crainte pour sa vie. Ils décidèrent alors que chaque jeune homme s’isolerait avec un compagnon et lui confierait son secret. Ils le firent et découvrirent qu’ils avaient tous la même foi. Une caverne se trouvait dans la montagne, près d’eux.
Ils se dirent : ‘Réfugions-nous dans la caverne ; votre Seigneur déploiera sur vous une part de Sa miséricorde.’ Ils entrèrent dans la caverne avec leur chien de chasse et y dormirent trois cents ans, auxquels s’en ajoutèrent neuf. Leur peuple, ne les trouvant plus, les rechercha, mais Allah lui rendit invisibles leurs traces et la caverne. Les gens inscrivirent leurs noms et leurs généalogies sur une plaque : ‘Untel, untel et untel, fils de nos rois, ont disparu au cours de tel mois, en telle année, sous le règne d’Untel fils d’Untel.’
Ils déposèrent la plaque dans le trésor du roi en disant : ‘Cette affaire aura certainement une suite.’ Le roi mourut et les générations se succédèrent.” Wahb ibn Munabbih a dit : “Un disciple de Jésus — que la paix soit sur lui — arriva dans la ville des gens de la caverne et voulut y entrer. On lui dit qu’une idole se trouvait à la porte et que quiconque entrait devait se prosterner devant elle.
Ne voulant pas y entrer, il se rendit à un établissement de bains proche de la ville, loua ses services au propriétaire et y travailla. Le propriétaire constata la bénédiction dans son établissement et le prit en affection. Des jeunes gens de la ville se lièrent à lui. Il leur racontait les nouvelles des cieux et de la terre ainsi que celles de l’au-delà, jusqu’à ce qu’ils crussent et le déclarassent véridique.
Il avait convenu avec le propriétaire que la nuit lui appartiendrait et que personne ne l’empêcherait de prier. Il en fut ainsi jusqu’au jour où le fils du roi entra dans le bain avec une femme. Le disciple lui reprocha son comportement : ‘Tu es le fils du roi et tu entres ici avec cette femme ?’ Le jeune homme eut honte et s’en alla.
Il revint une autre fois, et le disciple lui adressa le même reproche. Le fils du roi l’insulta et le menaça, sans tenir compte de ses paroles. Il entra finalement dans le bain avec la femme, et tous deux y moururent. Le roi fut informé : ‘Le propriétaire du bain a tué ton fils.’
On le rechercha, mais on ne parvint pas à le trouver ; il s’était enfui. Le roi demanda qui l’accompagnait. On lui nomma les jeunes gens, et on se mit à leur recherche. Ils quittèrent la ville et rencontrèrent un compagnon qui partageait leur foi.
Celui-ci partit avec eux, accompagné de son chien. La nuit les surprit alors qu’ils étaient dans la caverne. Ils y entrèrent et dirent : ‘Demain, si Allah le veut, nous verrons ce qu’il convient de faire.’ Allah fit alors tomber le sommeil sur eux.
Le roi partit avec ses hommes à leur recherche et les trouva. Ils entrèrent dans la caverne, mais, lorsqu’un homme voulut y pénétrer, il fut saisi d’une telle terreur qu’il en fut incapable. Quelqu’un dit au roi : ‘Si tu les avais trouvés, ne les aurais-tu pas tués ?’ Il répondit : ‘Si.’
L’homme lui dit : ‘Alors, mure l’entrée de la caverne.’ Le roi fit bâtir un mur devant l’entrée et les laissa enfermés. Plus tard, un berger, surpris par la pluie près de la caverne, se dit : ‘Si j’ouvrais cette caverne pour y abriter mes moutons de la pluie, ce serait une bonne chose.’ Il s’acharna à ouvrir l’entrée et finit par y parvenir.
Le lendemain matin, Allah leur rendit leurs âmes.” Muḥammad ibn Isḥāq a dit : “Un roi vertueux nommé Bīdrūs régna ensuite sur ce pays. Il demeura au pouvoir soixante-huit ans. Sous son règne, les gens se divisèrent en factions : certains croyaient en Allah et savaient que l’Heure était réelle, tandis que d’autres la niaient.
Cela accabla le roi vertueux. Il pleura, supplia Allah et fut profondément affligé de voir les gens du faux devenir plus nombreux et prendre le dessus sur les gens de la vérité. Ils disaient : ‘Il n’y a de vie que la vie de ce monde ; seules les âmes seront ressuscitées, pas les corps.’ Bīdrūs envoya des messagers à ceux qu’il estimait bons et chefs parmi les gens, mais ceux-ci se mirent à nier l’Heure, au point de presque détourner les gens de la vérité et de la voie des disciples.
Voyant cela, le roi vertueux entra chez lui, en ferma la porte, revêtit un vêtement de laine grossière, répandit des cendres sous lui et s’y assit. Pendant longtemps, jour et nuit, il s’appliqua à implorer Allah, pleurant et disant : ‘Seigneur, Tu vois les dissensions de ces gens ; fais-leur apparaître un signe qui leur clarifiera la vérité.’
Alors le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux, qui ne veut pas la perdition de Ses serviteurs, voulut faire réapparaître les gens de la caverne et dévoiler leur histoire aux gens, en faire un signe et une preuve pour eux, afin qu’ils sachent que l’Heure viendra sans aucun doute. Il voulut répondre à Son serviteur vertueux Bīdrūs, parachever Sa grâce envers lui et rassembler les croyants qui s’étaient dispersés. Allah inspira à un homme de la région où se trouvait la caverne, nommé Ūliyānūs, l’idée de démolir la construction bâtie à son entrée afin d’utiliser les pierres pour faire un enclos à ses moutons.
Il engagea deux jeunes hommes, qui se mirent à retirer les pierres et à bâtir l’enclos. Ils enlevèrent tout ce qui obstruait l’entrée et ouvrirent la caverne. Allah rendit les gens incapables de les voir, les saisissant de terreur. Lorsque les deux jeunes hommes ouvrirent l’entrée, Allah, le Tout-Puissant, le Souverain, Celui qui ressuscite les morts, ordonna aux jeunes gens de s’asseoir au milieu de la caverne.
Ils s’assirent, heureux, le visage lumineux et l’âme sereine, et se saluèrent mutuellement. Il leur sembla qu’ils venaient de se réveiller à l’heure habituelle où ils se levaient, le matin, après leur sommeil nocturne. Ils se levèrent et prièrent comme ils en avaient l’habitude. Leur visage et leur teint ne présentaient rien d’anormal ; ils étaient tels qu’ils étaient lorsqu’ils s’étaient endormis.
Ils pensaient que Daqyānūs était toujours à leur recherche. Après leur prière, ils dirent à leur compagnon chargé des provisions, Yamlīkhā : ‘Raconte-nous ce que les gens ont dit hier soir à notre sujet, auprès de ce tyran.’ Ils pensaient n’avoir dormi que le temps d’un de leurs sommeils habituels, bien qu’il leur semblât avoir dormi plus longtemps. Ils se demandèrent les uns aux autres : ‘Combien de temps sommes-nous restés endormis ?’
Ils répondirent : ‘Un jour ou une partie de jour.’ Puis ils ajoutèrent : ‘Votre Seigneur sait mieux combien de temps vous êtes restés.’ Tout cela leur paraissait peu important. Yamlīkhā leur dit : ‘On vous a recherchés dans la ville sans vous trouver.
Aujourd’hui, on veut vous faire comparaître pour vous sacrifier aux faux dieux ou vous tuer. Ensuite, Allah fera ce qu’Il voudra.’ Miksalminā leur dit : ‘Mes frères, sachez que vous allez rencontrer Allah. Ne reniez donc pas votre foi si l’ennemi d’Allah vous y invite.’
Puis ils dirent à Yamlīkhā : ‘Va en ville, écoute ce qu’on dit de nous et ce qui se raconte au sujet de Daqyānūs. Sois prudent et ne te fais reconnaître par personne. Achète-nous à manger et rapporte-nous-en davantage que la dernière fois, car nous avons faim.’ Yamlīkhā fit comme à son habitude : il ôta ses vêtements et prit ceux dont il se déguisait, puis prit de la monnaie.
En passant devant l’entrée de la caverne, il vit que les pierres en avaient été retirées et en fut étonné, mais poursuivit son chemin sans s’y attarder. Il arriva en ville en se cachant, par crainte d’être reconnu par l’un de ses habitants, sans savoir que Daqyānūs et les siens étaient morts depuis trois cents ans. Arrivé à la porte de la ville, Yamlīkhā leva les yeux et vit, au-dessus de la porte, le signe des gens de la foi, signe qui apparaissait lorsque la foi dominait. Il en fut étonné et l’observa discrètement, regardant à droite et à gauche.
Puis il abandonna cette porte et se dirigea vers une autre entrée de la ville ; il y vit le même signe. Il lui semblait que ce n’était plus la ville qu’il connaissait. Il aperçut beaucoup de gens qu’il n’avait jamais vus auparavant. Il avançait, étonné et comme égaré.
Puis il revint à la première porte, s’émerveilla en lui-même et se dit : ‘Qu’est-ce donc ? Hier soir, les croyants dissimulaient ce signe et le gardaient secret ; aujourd’hui, il est visible. Serais-je en train de rêver ?’ Pourtant, il ne se croyait pas endormi.
Il prit son manteau, le posa sur sa tête et entra dans la ville. En traversant le marché, il entendit des gens jurer par le nom de Jésus, fils de Marie. Son trouble s’accrut et il se sentit perdu. Il s’appuya contre un mur de la ville et se dit : ‘Par Allah, je ne comprends pas ce qui se passe.
Hier soir, il n’y avait personne sur terre qui pouvait prononcer le nom de Jésus, fils de Marie, sans être tué. Et ce matin, je les entends tous prononcer son nom sans que personne ne le craigne. Peut-être que ce n’est pas la ville que je connais. Par Allah, je ne connais aucune ville proche de la nôtre.’
Il se tenait là, comme égaré, lorsqu’il rencontra un jeune homme et lui demanda : ‘Comment s’appelle cette ville, jeune homme ?’ Il répondit : ‘Éphèse.’ Yamlīkhā se dit : ‘Peut-être suis-je atteint de quelque mal ou ai-je perdu la raison. Je ferais mieux de quitter cette ville au plus vite, avant d’y être humilié ou qu’un malheur ne m’atteigne.’
Puis il reprit ses esprits et se dit : ‘Si je quitte rapidement la ville avant qu’on ne me remarque, ce sera plus facile pour moi.’ Il s’approcha des marchands de nourriture, sortit la monnaie qu’il avait et la tendit à l’un d’eux en disant : ‘Vends-moi de la nourriture pour cette monnaie.’ Le marchand observa l’aspect et l’empreinte de la pièce, s’en étonna et la passa à l’un de ses compagnons. Celui-ci l’examina à son tour.
Ils se la faisaient passer l’un à l’autre, stupéfaits, puis se concertèrent. Certains dirent : ‘Cet homme a trouvé un trésor enfoui dans le sol depuis des temps immémoriaux.’ Voyant qu’ils délibéraient à son sujet, Yamlīkhā fut saisi d’une grande peur et se mit à trembler. Il pensait qu’ils l’avaient reconnu et qu’ils voulaient le conduire devant leur roi, Daqyānūs.
D’autres personnes s’approchèrent pour l’examiner. Très effrayé, il leur dit : ‘Soyez indulgents envers moi. Vous avez pris ma monnaie ; gardez-la. Je n’ai plus besoin de votre nourriture.’ Ils lui demandèrent : ‘Qui es-tu, jeune homme, et que t’est-il arrivé ?
Par Allah, tu as trouvé un trésor des anciens et tu veux nous le cacher. Viens avec nous, montre-nous où il se trouve et partage-le avec nous ; nous te traiterons avec indulgence. Si tu refuses, nous t’emmènerons auprès du gouverneur, et il te tuera.’ En entendant ces paroles, il se dit : ‘Je suis tombé dans tout ce que je redoutais.’
Ils ajoutèrent : ‘Jeune homme, tu ne pourras pas cacher ce que tu as trouvé.’ Yamlīkhā ne savait que leur répondre. Il était tellement terrifié qu’il ne parvenait pas à leur parler. Voyant qu’il ne disait rien, ils lui jetèrent son manteau autour du cou et le conduisirent dans les rues de la ville.
Toute la ville apprit la nouvelle : ‘Voici un homme qui possède un trésor.’ Les habitants, petits et grands, se rassemblèrent autour de lui, le regardant et disant : ‘Par Allah, ce jeune homme n’est pas de notre ville. Nous ne l’y avons jamais vu et nous ne le connaissons pas.’ Yamlīkhā ne savait que leur dire.
Lorsque la foule fut rassemblée, il fut saisi de peur et garda le silence. Il était pourtant convaincu que son père et ses frères vivaient dans la ville, que sa famille et sa généalogie appartenaient à l’une des familles notables de la cité et qu’ils viendraient à son secours dès qu’ils entendraient parler de lui. Tandis qu’il se tenait là, hébété, attendant qu’un de ses proches vienne le délivrer, les gens l’emmenèrent de force auprès des deux chefs et administrateurs de la ville, deux hommes vertueux nommés Ariyūs et Ṭanṭiyūs. En chemin, Yamlīkhā crut qu’on le conduisait auprès du tyran Daqyānūs.
Il regardait de tous côtés, tandis que les gens se moquaient de lui comme d’un fou. Il se mit à pleurer, leva la tête vers le ciel et dit en lui-même : ‘Ô Dieu du ciel et de la terre, accorde-moi aujourd’hui la patience et fais pénétrer en moi un esprit venant de Toi, qui me fortifiera devant ce tyran.’ Il pleurait et se disait : ‘Me voici séparé de mes frères. Si seulement ils savaient ce que j’ai subi !
S’ils le savaient, ils viendraient et nous nous présenterions tous ensemble devant ce tyran. Nous avions fait le serment de rester unis, de ne pas renier Allah et de ne Lui associer personne. Me voici séparé d’eux ; jamais ils ne me reverront et je ne les reverrai plus. Nous avions juré de ne jamais nous séparer, ni dans la vie ni dans la mort.’
Yamlīkhā se parlait ainsi à lui-même. Il raconta ensuite ces pensées à ses compagnons après les avoir rejoints, lorsqu’il arriva auprès des deux hommes vertueux, Ariyūs et Ṭanṭiyūs. Lorsqu’il comprit qu’on ne le conduisait pas auprès de Daqyānūs, Yamlīkhā se calma et cessa de pleurer. Ariyūs prit la monnaie.
Tous deux l’examinèrent avec étonnement, puis l’un d’eux demanda : ‘Où se trouve le trésor que tu as trouvé, jeune homme ?’ Yamlīkhā répondit : ‘Je n’ai trouvé aucun trésor. Cette monnaie appartient à mes pères ; elle porte l’empreinte et le sceau de cette ville. Mais, par Allah, je ne comprends pas ce qui m’arrive ni ce que je dois vous dire.’
L’un d’eux demanda : ‘Qui es-tu ?’ Yamlīkhā répondit : ‘Je pensais être un habitant de cette ville.’ Ils lui demandèrent qui était son père et qui le connaissait dans la ville. Il leur donna le nom de son père, mais personne ne le connaissait, pas plus que son père.
L’un d’eux lui dit : ‘Tu mens ; tu ne nous dis pas la vérité.’ Yamlīkhā ne sut que répondre et baissa la tête. Certains de ceux qui étaient présents dirent : ‘Cet homme est fou.’ D’autres dirent : ‘Il n’est pas fou ; il feint la folie pour nous échapper.’
L’un des deux hommes le fixa et lui dit : ‘Crois-tu que nous allons te laisser partir et te croire quand tu prétends que cet argent est celui de ton père et que cette monnaie a été frappée il y a plus de trois cents ans ? Tu es un jeune homme, et tu penses nous tromper et te moquer de nous, alors que nous sommes vieux, que les notables de la ville et ses gouverneurs sont autour de toi, et que les trésors de cette cité sont entre nos mains ? Nous ne possédons pas une seule pièce de ce type.
Je pense que je vais ordonner qu’on te fasse subir un terrible supplice, puis qu’on t’enchaîne jusqu’à ce que tu avoues où se trouve le trésor que tu as trouvé.’ Yamlīkhā leur dit alors : ‘Répondez à une question que je vais vous poser ; si vous le faites, je vous dirai la vérité sur ce qui m’arrive.’ Ils lui répondirent : ‘Demande, nous ne te cacherons rien.’ Il leur demanda : ‘Qu’est devenu le roi Daqyānūs ?’
Ils répondirent : ‘Nous ne connaissons aujourd’hui aucun roi sur terre du nom de Daqyānūs. Ce n’était qu’un roi mort il y a longtemps, dans un passé lointain ; de nombreuses générations ont disparu depuis lors.’ Yamlīkhā dit : ‘Je suis donc vraiment perdu. Personne ne croira ce que je dis.
Nous étions des jeunes gens et le roi nous a contraints à adorer les idoles et à sacrifier aux faux dieux. Nous nous sommes enfuis hier soir. Nous avons dormi, puis, à notre réveil, je suis sorti pour acheter de la nourriture et prendre des nouvelles. Et maintenant, me voici comme vous le voyez.’
Il ajouta : ‘Venez avec moi à la caverne, dans la montagne de Banjalūs ; je vous montrerai mes compagnons.’ Lorsqu’Ariyūs entendit les paroles de Yamlīkhā, il dit : ‘Ô gens, peut-être est-ce là un signe d’Allah qu’Il vous manifeste par l’intermédiaire de ce jeune homme. Allons avec lui ; il nous montrera ses compagnons.’ Ariyūs et Astiyūs partirent avec lui, suivis des habitants de la ville, petits et grands, qui voulaient voir les gens de la caverne.
Lorsque les compagnons de Yamlīkhā constatèrent qu’il tardait à revenir avec leur nourriture et leur boisson, au-delà du délai habituel, ils pensèrent qu’il avait été arrêté et conduit devant leur roi Daqyānūs. Tandis qu’ils s’inquiétaient ainsi, ils entendirent des voix et le bruit des chevaux qui montaient vers eux. Ils crurent que les envoyés du tyran Daqyānūs venaient les chercher. Ils se levèrent pour prier, se saluèrent et se recommandèrent mutuellement de tenir bon.
Ils dirent : ‘Allons rejoindre notre frère Yamlīkhā ; il se trouve maintenant devant le tyran et attend que nous venions à lui.’ Alors qu’ils parlaient ainsi, assis dans la caverne, ils ne virent pourtant qu’Ariyūs et ses compagnons, arrêtés à l’entrée. Yamlīkhā les devança et entra auprès d’eux en pleurant. Lorsqu’ils le virent pleurer, ils pleurèrent avec lui, puis lui demandèrent ce qui s’était passé.
Il leur raconta toute l’histoire. Ils comprirent alors qu’ils avaient dormi tout ce temps par la volonté d’Allah et qu’ils avaient été réveillés afin d’être un signe pour les gens, une confirmation de la résurrection et une preuve que l’Heure viendra sans aucun doute. Derrière Yamlīkhā, Ariyūs entra à son tour. Il vit un coffret de cuivre scellé d’un sceau d’argent à l’entrée de la caverne.
Il appela un notable de la ville et ouvrit le coffret devant les gens. Ils y trouvèrent deux plaques de plomb sur lesquelles était écrit : ‘Miksalminā, Makhshalmīnā, Yamlīkhā, Marṭūnus, Kashtūnus, Yabrūnus, Dīmūs, Baṭiyūs et Ḥālūsh étaient des jeunes gens qui s’enfuirent de leur roi, le tyran Daqyānūs, de peur qu’il ne les détourne de leur religion. Ils entrèrent dans cette caverne. Lorsqu’il apprit où ils se trouvaient, il ordonna que la caverne soit murée.
Nous avons consigné leur histoire afin que ceux qui les découvriraient plus tard puissent la connaître.’ Après avoir lu ces mots, ils s’émerveillèrent et louèrent Allah de leur avoir montré en eux un signe de la résurrection. Ils élevèrent la voix pour louer et glorifier Allah, puis entrèrent dans la caverne auprès des jeunes gens. Ils les trouvèrent assis au milieu de la grotte, le visage lumineux et leurs vêtements intacts.
Ariyūs et ses compagnons se prosternèrent et louèrent Allah de leur avoir montré l’un de Ses signes. Ils se parlèrent les uns aux autres, et les jeunes gens leur racontèrent ce qu’ils avaient subi de la part de leur roi Daqyānūs. Ariyūs et ses compagnons envoyèrent alors un messager auprès de leur roi vertueux Bīdrūs : ‘Hâte-toi de venir auprès de nous ; peut-être verras-tu l’un des signes d’Allah qu’Il a fait apparaître dans ton royaume et qu’Il a destiné à toutes les nations, afin qu’il soit pour elles lumière, clarté et confirmation de la résurrection.
Viens sans tarder auprès de ces jeunes gens qu’Allah a ressuscités, après les avoir fait mourir depuis plus de trois cents ans.’ Lorsque la nouvelle parvint au roi, son esprit s’apaisa et son inquiétude disparut. Il dit : ‘Je Te loue, Allah, Seigneur des cieux et de la terre. Je T’adore et Te glorifie.
Tu m’as comblé de Tes bienfaits et m’as fait miséricorde ; Tu n’as pas éteint la lumière que Tu avais donnée à mes ancêtres, au roi vertueux Constantin.’ Lorsque les habitants de la ville apprirent la nouvelle, ils montèrent à cheval et partirent avec lui. Ils arrivèrent à Éphèse, où les habitants les accueillirent, puis les accompagnèrent jusqu’à la caverne. Voyant Bīdrūs, les jeunes gens se réjouirent et se prosternèrent, le visage contre terre.
Bīdrūs se leva, les prit dans ses bras et pleura. Ils étaient assis devant lui sur le sol, glorifiant et louant Allah. Les jeunes gens dirent alors à Bīdrūs : ‘Nous te confions à Allah. Que la paix, la miséricorde d’Allah et Sa protection soient sur toi.
Qu’Allah te garde ainsi que ton royaume, et nous cherchons refuge auprès d’Allah contre le mal des hommes et des djinns.’ Tandis que le roi se tenait debout, ils retournèrent à leurs couches, s’endormirent et Allah reprit leurs âmes. Le roi s’approcha d’eux, les couvrit de leurs vêtements et ordonna de placer chacun dans un cercueil d’or. Le soir, lorsqu’il s’endormit, ils lui apparurent en rêve et lui dirent : ‘Nous n’avons pas été créés d’or ni d’argent ; nous avons été créés de terre et c’est à la terre que nous retournerons.
Laisse-nous donc dans la caverne, sur la terre, comme nous y étions, jusqu’à ce qu’Allah nous en ressuscite.’ Le roi fit alors préparer un cercueil en bois de teck et les y plaça. Allah enveloppa les gens de terreur lorsqu’ils quittèrent les lieux ; personne ne parvenait à entrer auprès d’eux. Le roi fit construire une mosquée à l’entrée de la caverne, où l’on priait, institua une grande fête en leur honneur et ordonna qu’elle soit célébrée chaque année.
Il est aussi rapporté que, lorsque Yamlīkhā fut amené devant le roi vertueux, celui-ci lui demanda : ‘Qui es-tu ?’ Il répondit : ‘Je suis un habitant de cette ville.’ Il raconta qu’il était parti la veille, ou quelques jours auparavant, et mentionna sa maison et des proches que personne ne connaissait. Le roi avait entendu dire que des jeunes gens avaient disparu autrefois et que leurs noms étaient inscrits sur une plaque dans le trésor.
Il la fit apporter et la consulta. Yamlīkhā appartenait au groupe dont les noms y figuraient. Le roi mentionna les noms des autres, et Yamlīkhā dit : ‘Ce sont mes compagnons.’ En l’entendant, le roi monta avec les gens qui l’accompagnaient.
Lorsqu’ils arrivèrent à l’entrée de la caverne, Yamlīkhā dit : ‘Laissez-moi entrer auprès de mes compagnons et leur annoncer la bonne nouvelle. S’ils vous voient avec moi, vous leur ferez peur.’ Il entra et leur annonça la nouvelle. Alors Allah reprit leurs âmes et rendit leurs traces invisibles, de sorte que les gens ne purent pas les retrouver.
Voilà le sens de la parole d’Allah : « Lorsque les jeunes gens se réfugièrent dans la caverne » : ils s’y rendirent. En arabe, on dit : ‘Untel s’est réfugié en tel endroit’, c’est-à-dire qu’il en a fait son domicile. La caverne était une grotte dans la montagne de Banjalūs ; son nom était “Khayram”. « Ils dirent : Notre Seigneur, accorde-nous, de Ta part, une miséricorde » : la miséricorde signifie ici la bonne direction dans la religion.
Selon un autre avis, elle signifie la subsistance. « Et prépare-nous » : facilite-nous. « Dans notre affaire, une bonne direction » : ce qu’ils demandaient, c’est-à-dire ce qui leur apporterait l’agrément d’Allah et serait bénéfique à leur conduite. Ibn ʿAbbās a dit : ‘Une bonne direction’ signifie une issue qui leur permettrait de sortir de la caverne en sécurité.”
Dans Ṣaḥīḥ Muslim (n° 809), il est rapporté qu’il est méritoire de mémoriser les dix premiers versets de la sourate Al-Kahf afin d’être protégé contre les tentations du Dajjāl.